💡 Conseils 17/08/2026 · 4 min

Self-talk : pourquoi Serena Williams se parle à la 3e personne (et vous devriez essayer)

"Allez Serena, tu peux le faire". Ce petit décalage à la 3e personne, étudié par le psychologue Ethan Kross, transforme la gestion émotionnelle sous pression. Voici la science derrière.

Self-talk : pourquoi Serena Williams se parle à la 3e personne (et vous devriez essayer)
PM

Préparation Mentale Sport

Équipe éditoriale · il y a 1 mois

Serena Williams : "Allez Serena, tu peux le faire, respire". LeBron James : "Concentre-toi, LeBron". Ce petit décalage — se parler à soi-même à la 3e personne, plutôt qu'en "je" — est loin d'être anecdotique. Le psychologue Ethan Kross a passé 15 ans à démontrer que c'est un outil de régulation émotionnelle scientifiquement puissant.

Le "distanced self-talk" : qu'est-ce que c'est ?

Ethan Kross, chercheur à l'Université du Michigan et fondateur du Emotion & Self-Control Laboratory, a introduit le concept de distanced self-talk (littéralement "self-talk distancié") au début des années 2010. L'idée : lorsqu'on se parle à soi-même en utilisant son prénom ou le pronom "tu", on crée une distance psychologique qui régule mieux les émotions.

Le simple fait d\'utiliser son prénom au lieu de "je" agit comme un mini pas de recul. Le cerveau bascule d\'un mode ressenti-immédiat vers un mode observation-régulation.

— Ethan Kross, dans "Chatter" (2021)

Ce que la science montre — 3 études clés

Kross et al. (2014) — Journal of Personality and Social Psychology

Des participants devaient faire un discours devant un jury 5 minutes après avoir été informés — situation générant beaucoup d'anxiété. Ceux qui se parlaient à eux-mêmes à la 3e personne ("Marc va bien s'en sortir") ont montré :

  • Moins d'anxiété subjective
  • Une meilleure performance évaluée par le jury
  • Moins de rumination après l'événement

📚 Étude : Kross et al. (2014) — Self-talk as a regulatory mechanism: How you do it matters. L'étude fondatrice qui a lancé la vague de recherches sur le sujet.

Moser et al. (2017) — Scientific Reports (Nature)

Étude en EEG (activité cérébrale). Les participants revivaient un événement stressant en se parlant à la 1ère ou à la 3e personne. Le self-talk à la 3e personne réduisait immédiatement l'activité cérébrale liée aux émotions négatives — sans effort cognitif supplémentaire.

Ce que ça change

Se parler à la 3e personne n'est PAS coûteux cognitivement (contrairement à d'autres stratégies comme la restructuration cognitive). C'est rapide, efficace, utilisable en pleine action.

Nook et al. (2017) — Emotion

Réplication du protocole avec des adolescents anxieux. Résultats similaires : la 3e personne réduit l'anxiété subjective et améliore la performance sous pression.

Pourquoi ça marche — l'hypothèse psychologique

Le "je" nous immerge dans l'expérience. Le "tu" ou le prénom crée un décentrage : vous devenez temporairement observateur de vous-même. Ce décentrage active des zones du cortex préfrontal impliquées dans la régulation émotionnelle plutôt que les zones amygdaliennes liées au ressenti brut.

Comment appliquer en compétition

  1. Identifier les moments critiques : entre 2 échanges au tennis, au moment du service, avant un penalty, dans le tunnel avant l'entrée en scène
  2. Préparer des phrases pré-formulées à la 3e personne :
    • Encourageant : "Allez [Prénom], tu es prêt·e, tu as bossé pour ça"
    • Recentrant : "[Prénom], reste sur ta balle, un point à la fois"
    • Apaisant : "[Prénom] souffle, tu maîtrises ce genre de situations"
  3. Prononcer intérieurement avec calme (pas en criant mentalement)
  4. Combiner avec un ancrage physique (respiration, geste)

Un piège à éviter : la fausse évidence

Le distanced self-talk n'est pas de l'auto-persuasion naïve du type "je suis le meilleur, je vais gagner". C'est un outil de régulation émotionnelle, pas une incantation de succès. Se dire "[Prénom], tu vas gagner ce point" avant chaque échange dégrade la performance (attentes rigides). Se dire "[Prénom], concentre-toi sur ta balle" la maintient.

Ce n\'est pas ce qu\'on se dit qui compte le plus. C\'est <em>comment</em> on se le dit.

— Ethan Kross

Références

  • Kross, E. et al. (2014) — Self-talk as a regulatory mechanism: How you do it matters, Journal of Personality and Social Psychology, 106(2), 304-324
  • Moser, J. S. et al. (2017) — Third-person self-talk facilitates emotion regulation without engaging cognitive control, Scientific Reports, 7:4519
  • Kross, E. (2021) — Chatter: The Voice in Our Head and How to Harness It, Crown Publishing

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